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Le mot de notre aumonier

TOURS ET DETOURS

La tour de Pise, la tour de Londres ou encore la tour Eiffel, sans parler de la tour de Babel, qui ne les connaît ? De toute évidence, la tour de Siloé n’a pas la même notoriété. Sauf qu’il en est explicitement question dans l’Evangile selon S. Luc.

La chute de la tour de Siloé provoquant la mort de dix-huit personnes d’une part, l’affaire des Galiléens d’autre part : deux tragédies dont l’historicité ne fait guère de doute même si rien ne permet de la vérifier. Pourquoi en effet l’Evangile les aurait-il inventées ?

Autant d’événements en tout cas qui s’inscrivent dans la longue série des catastrophes qui jalonnent l’histoire et qui laissent l’homme désemparé, aux prises avec des questions sans réponse.

Pour autant, ces événements, si des gens les rapportent aujourd’hui à Jésus, ce n’est sûrement pas par hasard. Lui-même le laisse d’ailleurs entendre : si certains viennent ainsi le trouver, n’est-ce pas pour insinuer que l’homme a toujours une part de responsabilité dans ce qui lui arrive ? « Après tout, ils ne l’ont pas volé ! » : ce genre de réflexion ne nous est pas forcément étranger, il faut bien l’avouer, devant les malheurs des autres.

De quoi témoigne cette réaction sinon d’un vieux fonds de culpabilité qui voit le jour dès que l’homme est confronté à ses propres limites et qui n’hésite pas à imputer le malheur à une faute, voire à un péché ? Or, cette collusion du malheur et de la faute, Jésus la récuse catégoriquement. Il la refuse net et ce n’est pas sans ironie qu’il demande à ses interlocuteurs si les victimes des catastrophes qu’ils énumèrent seraient « de plus grands pêcheurs » qu’eux-mêmes .

Pour Jésus, aucune culpabilité ne revient en l’occurence aux victimes. Dans l’affaire des Galiléens, si péché il y a, il est à chercher du côté de Pilate qui a ordonné un véritable massacre, et nulle part ailleurs.

Et Jésus de déplacer alors la question : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. » Ce qui est à redouter, ce n’est pas je ne sais quel châtiment de Dieu mais bien davantage l’écroulement de notre être spirituel. Il s’agit donc de se ressaisir et de changer de cap. Bref, de se convertir ou, si vous préférez, de faire « un petit détour », à la manière de Moïse. Oh certes, il est des détours qui finissent en impasses mais il en est d’autres qui ouvrent sur de larges avenues. N’est-ce pas précisément à la faveur d’ « un petit détour pour voir », comme le dit superbement le livre de l’Exode, que Moïse a été entraîné vers des horizons inconnus ? Le buisson qui brûlait sans se consumer, ce buisson sans pourquoi qui l’intriguait si fort est alors passé dans son cÅ“ur. « Notre cÅ“ur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous quand il nous expliquait les Ecritures ? », diront un jour d’autres pèlerins, au retour d’Emmaüs, à l’autre bout de l’Evangile selon S. Luc.

Le carême : non pas un temps pour se flageller, même si l’on est pénitent ! Mais un temps pour s’ouvrir à la grâce qui façonne en nous, à travers la Pâques du Christ, l’humanité nouvelle.

(Lectures : Ex 3, 1-8a. 10. 13-15 ; 1 Cor 10, 1-6. 10-12 ; Lc 13, 1-9)