Le mot de l'aumonier


   Nous voici donc en Carême !


   Le Carême : un temps pour jeûner, peut-être moins de nourriture que de paroles inutiles ; un temps pour trouver ou pour retrouver le goût des choses, le sens des choses.

   Cette occasion d'un nouveau départ qu'est le Carême : tout naturellement, il nous ramène aux premières pages de la bible. Des pages qui nous apprennent beaucoup sur la vie, sur l'homme et, en définitive, sur nous-mêmes.

   S'agit-il d'ailleurs de parler de l'homme : aussitôt, un animal se présente ! Un serpent dont le livre de la Genèse nous dit qu'il est « rusé » et même « le plus rusé des animaux de la terre ». De fait, ce fameux serpent, il est adroit. Il sait très bien ce qu'il fait. Il parle mais il ne dit pas tout. Surtout, il fait parler. « Alors », susurre-t-il à la femme, « Dieu a dit que vous ne mangerez le fruit d'aucun arbre du jardin ? » Tout l'art du serpent est d'insinuer, de laisser entendre... A savoir, que Dieu n'est peut-être pas aussi bon qu'il paraît, qu'il cache ses véritables intentions, qu'il est jaloux de son pouvoir, qu'il ne partage pas...

   Et la femme de tomber dans le panneau ! Elle se laisse tenter, elle donne sa confiance ou plutôt sa foi au serpent qui en arrive ainsi à faire passer Dieu pour l'ennemi de l'humain.  Notez qu'en l'occurence, l'homme n'a rien à envier à la femme : il est lui-même sans consistance, incapable de parole, il n'offre aucun rempart à la tentation. A la fin, l'un et l'autre découvrent qu'ils sont nus. Nus comme le serpent : n'est-ce pas d'ailleurs, en hébreu, le même mot que l'on traduit ici par « nu » et là par « rusé »?

   Le Carême : un temps pour trouver ou pour retrouver le sens des choses. A la vérité moins des choses que de l'humain. Un humain qui se cherche, qui n'a que trop tendance à se monter la tête comme, à l'inverse, à se déprécier, à se dénigrer. Mais le Carême : un temps aussi pour trouver ou pour retrouver l'amitié de Dieu. Car Dieu est si peu l'ennemi de l'homme qu'il n'a de cesse de se communiquer à lui.  Loin de se cramponner à son pouvoir et de refuser à l'homme d'être comme lui, Dieu lui donne tout en Jésus. Comme le dit magnifiquement l'hymne de la Lettre aux Philippiens : en Celui qui « ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu », Il le fait totalement participer de sa vie, de sa nature divine.

   Ce Dieu-là : il est avec nous à l'heure de la tentation. Et c'est pourquoi nous prions : « Ne nous soumets pas à la tentation. » Ou, plus exactement :  «Ne nous laisse pas tomber à l'heure de la tentation.» Prier ainsi, c'est déjà résister à la tentation qui est le lot de tout homme. Tentation aux multiples facettes, qui vient se loger dans nos failles et qui se traduit par le besoin de dominer sur l'autre, de tout savoir et de tout contrôler comme aussi par la propension à désespérer de soi, des autres et de Dieu.

   Je vous souhaite un bon, un vrai Carême : moins de battre des records de privations et d'austérités -même pour des Pénitents, ce n'est pas l'essentiel!- que de grandir dans la foi au Dieu vivant. En un mot, de quitter le vieil homme, de laisser ce qui ne peut que mourir pour, déjà, ressusciter !




                                                 

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