Le mot de l'aumonier

Chers Amies et Amis Pénitents,

En ce 17 novembre 2020, il ne nous est pas possible de fêter ensemble sainte Elisabeth de Hongrie, dans la chapelle de l'Archiconfrérie. Comme c'est dommage!

Par manière de présent, j'ai plaisir à vous adresser ces quelques textes tirés des dépositions des quatre servantes qui se succédèrent auprès de sainte Elisabeth durant sa courte vie, lors de son procès de canonisation. Ils sont sans prétention mais pleinement dignes de foi, et tellement délicieux!

Avec ma prière tout spécialement pour nos Soeurs Pénitentes et Olga, leur prieure.


. Il y avait à Eisenach une petite vieille à qui elle avait fréquemment fait l'aumône et donné des médicaments. Elisabeth se rendait à l'église par une rue étroite remplie d'une boue épaisse, que seules les pierres permettaient de passer à pied sec, quand elle rencontra cette femme. La vieille refusa de céder le passage si bien qu'Elisabeth tomba et se trouva entièrement salie de boue dans sa chute, elle et ses vêtements. Elle se releva en riant beaucoup de cette avanie et se nettoya gaiement.

. Dans ses infortunes, elle restait très gaie, joyeuse et patiente, si bien qu'on n'aurait jamais dit qu'elle supportait une épreuve. Mais elle ne pouvait supporter qu'on prononçât devant elle des paroles inutiles ou dictées par la colère et quand elle en entendait, elle disait immédiatement : "Mais le Seigneur, où est-il en ce moment?"

. Elle refusait d'être appelée "dame" par ses compagnes, qui étaient pauvres et d'humble origine. Elle voulait qu'elles s'adressent à elle en la tutoyant : "Toi, Elisabeth." Elle les faisait asseoir près d'elle et manger dans son écuelle. (...) Elle lavait les marmites, les écuelles et les plats, et renvoyait souvent les servantes pour qu'elles ne l'empêchassent pas de le faire, si bien qu'à leur retour, elles la trouvaient en train de laver les écuelles et autres ustensiles. Parfois même, elles trouvaient la vaisselle entièrement faite.

. La servante Elisabeth témoigne : "Ma dame était sur son lit de mort, tournée vers le mur, quand j'entendis une voix très douce qui semblait sortir de sa gorge. Au bout d'une heure, elle se tourna vers moi et dit : "Où es-tu, ma chérie?". Je répondis : "Ici", et j'ajoutai : "Ah, ma dame, que votre chant était doux!"" Elle me demanda si c'était de mes propres oreilles que je l'avais entendu. Je répondis que oui. Elle me dit alors : "Eh bien, c'est qu'entre le mur et moi, il y avait un petit oiseau qui m'adressait un chant très joyeux. Sa voix m'y invitait, il a bien fallu que moi aussi je chante!"



Pour la fête de la Toussaint 2020

Peut-être les abords de la basilique Notre-Dame n'ont-ils jamais été aussi fleuris. Spontanément, sans discontinuer depuis jeudi dernier, des inconnus pour la plupart viennent déposer là des fleurs ou allumer une bougie en hommage à ceux qui sont tombés, sauvagement frappés. Parmi eux, certains sont chrétiens, d'autres ne le sont pas. Ils s'arrêtent, ils se tiennent debout en silence, ils prient. Ne s'en est-il pas fallu de peu que l'un ou l'autre connaisse le même sort, ce matin-là ? Ils sont trois à être tombés et c'est l'homme qui a été touché en plein cœur.

Et voici qu'aujourd'hui résonnent dans toutes les églises du monde les Béatitudes ! « Heureux les pauvres de cœur, heureux les doux, les affamés de justice, les miséricordieux, les persécutés... » : nulle haine, rien de fade non plus dans ces paroles qui sont autant d'appels à choisir la vie et à aimer, lucidement et patiemment.

Or les saints, qui sont-ils sinon les mille visages par lesquels l'Amour vient à nous ? On voit en eux parfois des gens qui sont détachés des choses de ce monde, qui ne mangent pas, qui ne dorment pas. Mais les saints sont « dans le vrai de la vie », ils avancent, ils persévèrent. Ils ont des colères face à l'injustice. Ils ne le cèdent pas à la fatalité. Ils sont libres, ils ont foi qu'un peu d'amour n'est jamais perdu.

En ce dimanche de la Toussaint, permettez-moi de vous rapporter une jolie histoire que j'ai trouvée dans un journal ces jours-ci et qui est tirée d'une bande dessinée. C'est un enfant qui est en train d'accrocher un cadre au mur de sa chambre. Sur ce mur ont déjà pris place des images de saints, comme sainte Thérèse, saint François et saint Dominique. Quant au cadre que suspend l'enfant, il le représente lui-même avec l'inscription : « Moi » !

Quelle prétention ! En réalité, l'enfant voit juste. La voie de la sainteté, c'est à chacun qu'elle est offerte. N'allons pas pour autant nous canoniser trop vite ! Mais acceptons de vivre de l'Esprit de sainteté que nous avons reçu à notre baptême. Laissons-le travailler et nous transformer. Invoquons pour nous-mêmes, pour l'Eglise et pour le monde l'Esprit de sagesse et de force, d'audace et de prudence. Dans le monde si compliqué et opaque qui est le nôtre, peut-être avons-nous à faire preuve, plus que jamais, d'une vraie prudence, qui n'est pas frilosité mais capacité de déterminer ce qui est à faire ou non.

Les Béatitudes à égard : elles n'en finissent pas de nous chercher, corps et âme. A travers elles, ainsi que l'écrit superbement un spécialiste de la bible, « Dieu ne réclame pas des observances, il réclame l'homme ». La différence est de taille !

Il va de soi qu'en cette fête de la Toussaint, nous prions pour les trois victimes qui sont tombées à Nice la semaine dernière et pour leurs proches. Nous leur associons les personnes décédées ou disparues dans la tempête qui a récemment dévasté les Vallées du Haut-Pays, et les victimes de la pandémie qui continue à sévir. Dans la foi aussi qu'ils intercèdent pour que les habitants de la terre grandissent en humanité. Et en sainteté.