Le mot de l'aumonier

DIMANCHE DE LA RESURRECTION



Comme il est beau, le Ressuscité ! Il se dresse, drapé de pourpre royale, libre, victorieux ! Une douceur et une grâce infinies émanent de sa personne, de son corps qui porte encore la marque des clous.

Il revient de loin. Hier, au bout d'un long chemin de croix, il s'endormait dans la mort. Comme nous l'apprend la Tradition, il est ensuite descendu aux enfers chercher Adam et Eve, ainsi que tous les justes et les prophètes des temps anciens. Aujourd'hui, il éclate de lumière !

A ses pieds gisent les soldats, hébétés, empêtrés dans leurs armures, « comme morts », nous dit l'Evangile selon S. Mathieu. Et de fait : ne gisent-ils pas dans les ténèbres et l'ombre de la mort ceux qui veulent retenir captif le Vivant, qui ouvre aux hommes les portes de la Vie ?

Oui, il est beau, le Ressuscité ! Sa beauté dépasse même toute beauté. Ceci dit, quels traits lui donner ? Comment représenter Celui que nous ne voyons pas ? Bien davantage, comment le saisir dans l'instant où il ressuscite, dont personne n'a été témoin ? N'est-ce pas bien téméraire, voire perdu d'avance, de relever pareil défi ?

Certes, les Evangiles parlent d'apparitions de Jésus Ressuscité à Marie-Madeleine, à Thomas, à Pierre et à ses compagnons au bord du lac de Tibériade... Il n'empêche : il ne suffit pas à Jésus de se montrer pour être reconnu, et d'abord par les siens ! Sa résurrection n'a rien d'un prodige qui s'imposerait au regard. Sans compter qu'il disparaît aussitôt aux yeux de ceux qui le reconnaissent, ainsi que les pèlerins d'Emmaüs en font l'expérience.

« Il vit et il crut », nous est-il en tout cas affirmé du disciple bien-aimé, dans l'Evangile de ce matin. Quant à Pierre, il voit, lui aussi, ou plutôt, il regarde, il dresse l'inventaire de ce qu'il voit dans le tombeau : le linceul, le linge qui recouvrait la tête de Jésus... Mais le disciple bien-aimé ne s'arrête pas aux objets : ce qu'il voit, c'est l'absence. Le corps n'est plus là. Et aussitôt, il croit. Rien n'est précisé de ce qu'il croit et sans doute serait-il prématuré de lui faire réciter le Credo ! Mais il croit en ce sens qu'il fait confiance, il ne verrouille pas. A la différence de Marie-Madeleine, il ne rapporte pas la disparition du corps de Jésus à un vol, il ne se rend pas à la première explication qui lui passe par la tête. Et cela change tout !

Jamais nous n'aurons le dernier mot sur ce qui s'est passé au matin de Pâques. Mais avec le disciple bien-aimé, il nous demandé de faire confiance, de permettre à un chemin de s'ouvrir à travers la confiance. Cela s'apprend, il y faut du temps, de la patience, des combats aussi. Mais le souffle du Ressuscité nous pousse en avant, il nous décentre de nous-mêmes pour traverser le scandale de la souffrance et de la mort, et nous persuader de croire que celui-ci n'a pas le dernier mot.

Comme je les comprends du coup les peintres, les sculpteurs, les enlumineurs qui ont besoin de temps, de silence, de prière avant de se risquer à prendre le pinceau, le stylet ou le marteau ! Ce n'est pas sans crainte et tremblement qu'ils se mesurent au mystère qui les déborde par définition. Eux voient l'absence et, loin de la fuir ou de la nier, ils n'en font que davantage confiance pour accueillir une présence qui transforme, qui rend vivant, qui élargit le regard : celle de Jésus Ressuscité ! Alors, ils peuvent se lancer et commencer à se mettre à l'oeuvre.

Vraiment, il est beau, le ressuscité qui s'offre à notre foi ! Regardons-le, reconnaissons-le vivant, présent, agissant dans nos vies ! Mais laissons-le aussi nous regarder, dissiper nos doutes, apaiser nos peines, briser les cuirasses derrière lesquelles nous nous abritons. En lui, encourageons-nous dans la foi qui faisait déjà s'écrier au vieux Job : « Je sais que mon Sauveur est vivant et qu'il se lèvera sur la terre. »

La foi au Christ : il nous revient de la cultiver et de l'annoncer sans faiblir, à la faveur de tous les talents que nous avons reçus. Et Dieu sait s'ils sont nombreux !